Les professionnels du drone : le grand chamboulement du 1er janvier 2026 ou la triple peine !
Le cadre réglementaire concernant l’usage des drones évolue significativement sous l’impulsion du nouveau cadre européen, à savoir les règlements 2019/945 et 2019/947. Ces textes bouleversent les modalités d’utilisation ainsi que les pratiques des opérateurs de drones professionnels, en introduisant des changements qui affecteront non seulement leur matériel, mais aussi leur statut au sein de la filière.
L’un des points cruciaux de cette nouvelle réglementation est l’obligation pour les opérateurs professionnels de repasser un examen théorique, malgré le fait que nombre d’entre eux l’avaient déjà réussi avant l’entrée en vigueur de ces nouvelles règles. Cette décision a suscité un certain mécontentement, car elle est perçue comme une remise en cause des compétences déjà acquises et validées par les professionnels du secteur.
En outre, un grand nombre de drones utilisés avant l’adoption de cette réglementation ne seront plus exploitables. En effet, les nouvelles normes imposent que chaque drone soit identifié et classé en fonction de cinq catégories strictes pour faire simple en fonction de la masse et de l’envergure. Cette exigence pousse de nombreux opérateurs à devoir renouveler intégralement leurs flottes, au détriment de leur rentabilité et de leurs investissements passés.
Les grands perdants de cette refonte réglementaire sont indéniablement les opérateurs de drones professionnels. Non seulement leur statut se trouve dilué avec celui des dronistes amateurs, mais cela reflète également un manque de considération pour une profession qui a toujours fait preuve d’un respect rigoureux des normes en vigueur. Les opérateurs, autrefois fers de lance de la conformité légale, se sentent aujourd’hui relégués au second plan, victimes d’une décision qui semble davantage profiter à d'autres acteurs économiques.
Ces changements soulèvent également des questions quant à leur finalité réelle : à qui profite cette nouvelle réglementation ? Les principaux bénéficiaires apparaissent être les formateurs et fabricants de drones, les « piggy backers » (profiteurs d’opportunité), qui capitalisent sur la nécessité imposée aux professionnels de renouveler leurs équipements et leurs certifications. En 2022, selon la DGAC, la France comptait 22 950 exploitants de drones professionnels, gérant près de 23 800 appareils. Le marché de la formation et du renouvellement des flottes représente donc une manne financière importante pour ces acteurs, à tel point que l’on peut se demander dans quelle mesure les lobbies des drones grand public ont influencé l’élaboration de cette réglementation.
Un autre aspect préoccupant concerne les conséquences environnementales et éthiques d’une telle décision. Avec près de 80 % du parc de drones en 2022 composé principalement de modèles fabriqués en Chine, la mise hors service de nombreux appareils soulève la question de leur devenir. Que va-t-on faire des drones devenus obsolètes réglementairement et des centaines de milliers de batteries au lithium qui les accompagnent, rien qu’en France ? Aucune solution claire de recyclage n’a été proposée, laissant planer le risque de voir ces appareils alimenter un marché parallèle. Dans le pire des scénarios, ils pourraient même finir dans des zones de conflits, comme en Ukraine ou ailleurs, où les drones, même anciens, peuvent encore être utilisés à des fins militaires.
Ainsi, cette nouvelle réglementation, loin de n’être qu’une simple mise à jour des normes, suscite de nombreuses interrogations sur ses répercussions à long terme, tant pour les professionnels que pour l’environnement. Les opérateurs de drones professionnels se sentent délaissés et peu soutenus dans une période où ils auraient, au contraire, besoin de plus de reconnaissance et d’accompagnement pour faire face à ces bouleversements.